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On a testé : Des vacances naturistes

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    par Grégory Escouflaire et ELLE Belgique


    Pour vivre bien, faut-il vivre nu ? Des vacances naturistes seraient-elles la solution au burn-out existentiel ? S’agit-il d’un authentique ressourcement, d’un retour aux vraies valeurs, celles du respect de soi, des autres et de l’environnement ? On est parti à la recherche du jardin d’Eden, voir si Adam et Eve se la coulaient vraiment tranquille.

    «La liberté des autres étend la mienne à l’infini. » C’est à cette citation du philosophe et anarchiste russe Mikhaïl Bakounine que je pense tandis que j’enlève mon T-shirt et mon slip, sur la plage d’Euronat, dans l’estuaire de la Gironde. Il fait un gentil 20°, le vent caresse mes parties intimes avec mansuétude, alors que je m’attendais à de puissantes rafales, la Côte d’Argent, rectiligne et sablonneuse, étant connue pour son climat océanique, autrement dit houleux. Je suis là à mater les rouleaux qui s’abattent devant moi dans un fracas réconfortant, enfin nu, enfin libre, littéralement « nature, naturel, naturellement bien », pour citer le slogan d’Euronat.

    Situé sur la presqu’île du Médoc, à dix bornes du précurseur CHM de Montalivet (où fut signé, il y a 66 ans, l’acte de fondation de la Fédération naturiste internationale), Euronat peut se targuer d’être le plus grand domaine naturiste de France voire d’Europe : 335 hectares de pinède privative, un kilomètre et demi de plage, 1.000 chalets/bungalows, 1.400 emplacements de camping, 28 commerces dont quatre restaurants (regroupés sur la place du « village »), quatre piscines, un centre de thalasso… Inauguré en 1975, il accueille chaque été une dizaine de milliers de naturistes, dont la moitié d’Allemands, de Néerlandais et de Belges. On vient y chercher de la tranquillité, du calme, des sensations oubliées : c’est comme un « retour à la nature », aux sources, loin du vacarme de nos villes et du barda de nos existences.



    L’ANGOISSE, PUIS ÇA VA

    Je suis là sur la plage et c’est vrai qu’une certaine quiétude m’a envahi dès que j’ai quitté mon enveloppe de citadin « cool mais tendu », bref dès que je me suis mis à poil, ne jouons pas sur les mots. Après tout, je suis venu pour ça, et une pancarte à l’orée du rivage me le rappelle avec bienveillance (« Vous êtes dans un espace naturiste… Vivez nu ! »). Je suis donc là tel un Adam moderne, avec comme seule angoisse, il faut bien le dire, de me promener tel quel aux abords de la place du village, bref ailleurs qu’ici ou qu’à la piscine, où la nudité s’avère de toute façon obligatoire, voire « sanctuarisée »… Je suis là à parler de quiétude alors qu’avant d’atterrir à Bordeaux, l’angoisse était montée d’un cran : « Vais-je réussir à surmonter mes peurs et mes complexes ? » « Et si j’ose pas me désaper, est-ce qu’on va me frapper ? » « Aurais-je l’air d’un voyeur si mon regard insiste sur le corps du voisin ? » « Et si ça caille, n’aurais-je pas l’air idiot, avec mon sexe renfrogné et mes tétons qui pointent ? » Autant de questions existentielles qui m’auront assailli pendant tout le trajet, mais qui fort heureusement s’effaceront de ma mémoire une fois dressé ce constat : face à la nudité, nous sommes tous égaux. Ou plutôt, nous nous montrons tel que nous sommes, à l’état brut et naturel, sans masque ni vêtements comme attribut de classe ou signe d’appartenance à telle ou telle communauté. « On voit finalement les gens tels qu’ils sont, et ça facilite tout de suite l’échange », me confiera d’ailleurs Jonathan (26 ans), qui vient ici depuis qu’il est tout petit, et désormais en couple (avec Alice). « Il y a une ouverture d’esprit qu’on ne retrouve pas partout », avouera-t-elle de son côté. « Il n’y a pas de jugement. Et tu te rends compte que tout le monde est normal, avec ses défauts, et ça aussi ça met à l’aise. » D’où une confiance et une tolérance qui font plaisir à voir et à entendre, deux belles et grandes qualités qui ne se verront pas démenties durant tout le séjour. On peut le dire : c’est beau.

    C’EST QUELQUE CHOSE DE BEAU

    C’est assez émouvant, effectivement, de voir tous ces corps d’une banalité on ne peut plus confondante se présenter à notre regard… C’en est même rassurant, de constater que l’Homme et la Femme dans toute leur splendeur et leur diversité ne répondent à aucun canon de beauté : en fait, il y a de tout pour faire un monde. Et ce Monde, c’est le nôtre, il existe pour de vrai, loin des diktats que nous impose la société et qui, avouons-le, nous emmerdent. Ici, « on n’est pas là pour se regarder les uns les autres : si on apprenait à s’accepter tel que l’on est, on serait tous un peu plus proches du bonheur ». C’est Tanya qui dit ça, et comme Alice et Jonathan, sa sagesse impressionne malgré ses 19 ans. On avait lu que le naturisme était une véritable « école de tolérance » : c’est bien le cas. Notez bien que ces interviews ne se sont pas déroulées dans le plus simple appareil, parce qu’il faisait frisquet, point barre. C’est ça qui est bien, aussi, avec le naturisme : personne n’est obligé de se mettre nu, et personne ne t’y forcera. Tout le monde (le) vit en « bonne intelligence », c’est-à-dire que s’il fait 12 degrés, tu peux te la jouer « textile » (« habillé », dans le jargon naturiste). Et si tu fais du cheval, pareil (parce qu’à part Bo Derek, personne ne monte nu à cheval : c’est une vision érotique qui n’a en vrai rien de pratique. Essayez donc).



    TOUT NU MAIS PAS TOUT LE TEMPS

    Quelle ne fut pas ma surprise, en effet, après tant de suppositions délirantes sur ce que j’allais voir sur place, qu’en fait, pas mal de pensionnaires n’étaient pas totalement dénudés, non. À mon arrivée, j’aperçus un couple nu se dorant la pilule sur la terrasse de son bungalow, un groupe de quatre retraités jouant aux boules (aha), un préado batifolant gaiement dans la mer agitée et un cycliste en T-shirt, juste en T-shirt. Pour tout vous dire, j’étais un peu déçu : c’est vrai, je m’attendais à vivre une expérience absolument unique, et au final, je me retrouve les trois-quarts du temps habillé parce qu’il fait gris, couvert, bref comme d’hab’, merci la Gironde (nous sommes fin avril). Dans la piscine d’eau de mer du centre de thalasso (le fleuron d’Euronat), une dame me confirme cette tendance par un « C’est pas parce qu’on est naturiste qu’on est fou ! » À moins d’avoir la peau dure ou la toison fournie, il est de fait inconfortable de se balader nu comme un ver quand il fait 10°. Idem pour faire ses courses ou s’attabler au restaurant, bien que là ce soit laissé « à la liberté de chacun »… Cela dit, « il y a des choses qui sont évidentes », nous déclare Michel Lorefice, le directeur du centre. « Il est hors de question que le personnel travaille nu. » Ça paraît en effet évident, même si je m’étais, en parfait innocent, posé la question (« Hu hu tu crois que la réceptionniste elle sera à oilpé ? Et les serveurs du resto ? Et si mon zgeg trempe dans le buffet, je fais quoi ? »). Bref, il y a des gens pas nus, même s’il reste des « militants » irréductibles qui s’affichent défeuillés en toutes cirsconstances… « Il y en a pour qui le naturisme a été un combat », précise le directeur. « C’est normal qu’ils soient un peu critiques par rapport à ceux et celles qui ne se mettent pas nus… Même si, au final, c’est une question de ressenti personnel. »

    R.E.S.P.E.C.T.

    Courtoisie, savoir-vivre et respect de l’intimité de chacun : voilà les maîtres mots de la philosophie naturiste – parce que c’est une philosophie. Un état d’esprit. Contrairement au nudisme avec lequel on le confond souvent, le naturisme est une « manière d’être » au monde. « Et contrairement à ce que l’on pense, les naturistes sont pudiques. » Pas d’amalgame ici avec l’échangisme, l’exhibitionnisme ou le libertinage : ici, on n’est ni chez Houellebecq ni au Cap d’Agde (réputé pour son « naturisme » davantage sexuel que familial), mais dans un centre où la notion de respect est primordiale – constitutive, même. « On a passé beaucoup de temps à dire ce qu’on n’était pas (des déviants, des pervers, une secte), mais tout cela, ce sont des fantasmes entretenus par les médias en manque d’inspiration… Or, ce qui se dégage quand on essaie de définir le naturisme, c’est la notion de respect : de soi-même, des autres et de l’environnement. Et dans “naturisme”  il y a “nature” : c’est une manière de vivre en harmonie avec elle, et c’est très agréable. » C’est vrai. « En fait, beaucoup de gens sont naturistes sans le savoir ! Ils n’osent juste pas franchir la porte d’un camp naturiste à cause des idées reçues… ». Une autre de celles-ci prétend que le naturisme est « un tourisme de vieux »… Or, de plus en plus de jeunes et de familles « qui souhaitent s’écarter du tourisme de masse » sont séduits par la pratique, qui prône un retour assez revigorant à l’authenticité. À la simplicité. À la quiétude. Sans parler de toute la dimension écologique qui semble aller de soi, et qui pourrait, c’est sûr, séduire pas mal de nouveaux adeptes, vu la vitesse à laquelle notre Planète part en sucette… « La liberté des autres étend la mienne à l’infini » (OK, cette citation je l’ai trouvée chez Michel, page 122 de ses « Particules élémentaires ») : ce qui est sûr, c’est qu’on se sent « revivre », quand le vent et le soleil nous lèchent l’épiderme là où, d’ordinaire, c’est tout à fait recouvert. Un bien pas si fou que ça, en somme.


    TROIS CONSEILS POUR LES « NUOPHYTES »

    « Respecter la nudité d’autrui, c’est aussi la pratiquer soi-même. » Sauf qu’au début, c’est plus facile à dire qu’à faire... On vous conseille donc :

    • D’y aller doucement. Commencez par exemple par les thermes de Grimbergen ou de Boetfort avant de réserver une semaine dans un camping naturiste. Allez-y par étapes. D’abord le haut, puis le bas (ou vice versa). Et en couple, c’est plus facile qu’entre potes.
    • De rester dans l’espace qui vous est spécifiquement dédié. N’allez pas jouer les Robinson en-dehors du territoire naturiste : le naturisme n’est pas un délit, mais la nudité sur la voie publique, si.
    • De ne pas lésiner sur la crème solaire. Sur vos fesses, votre poitrine, votre sexe, qui n’ont pas l’habitude d’une telle exposition.

    Mais le plus important : acceptez votre corps. Dites-vous que tout le monde est passé par là… Où y a de la gêne, y a pas de plaisir !

    Plus d'infos:

    euronat.fr
    agencehemispheresud.fr
    france4naturisme.com

    Lire aussi:

    Notos, un inattendu voyage en Grèce

    Source : https://www.elle.be/fr/261282-on-a-teste-vacances-naturistes.html



    Casimir
      31 mai 2019 06:43:21 CEST
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