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Monde Pudique

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      20 octobre 2019 19:28:54 CEST
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    « C’est un monde pudique » : 3 naturistes nous expliquent pourquoi

    ils aiment être nus (et la philosophie derrière)




    Trois personnes, trois vécus, une même expérience : c’est Moi aussi, le podcast de NEON. Dans cet épisode, Patrice, Julie et Florent nous expliquent pourquoi ils aiment se mettre tout nu : plus qu’un art de vivre, c’est pour eux une vision du monde et du rapport entre les êtres humains.

    NEON : Le podcast aurait pu s’appeler « Moi aussi je suis nudiste », mais je ne sais pas si ça aurait plu à tout le monde (le naturisme est un mode de vie, alors que le nudisme est le simple fait de se mettre nu).

    Julie : Je n’aime pas la distinction qui est faite entre nudisme et naturisme. Je suis une adepte du philosophe Julien Wolga (son interview complète est ici), qui explique que le nudisme n’est pas du tout ce que l’on pense. Ce n’est pas le simple fait d’être nu, c’est la nudité liée à la santé. Donc, dans le naturisme, il y a forcément du nudisme. Le naturisme, c’est en partie le fait de mettre sa peau au soleil et de permettre à son corps de produire des hormones. Mais il y a plein d’autres définitions. Pour moi, ça va de pair avec un mode de vie qui va au-delà de l’hygiène : recycler ses déchets, ne pas être dans la consommation à outrance… Par exemple, je n’achète plus aucun vêtement depuis des années.

     

    Patrice : Le rapport entre la nudité et la santé est un acte fondateur du mouvement. Au XIXe siècle, dans des pays comme l’Allemagne, on prenait des bains d’eau fraîche nu, cela avait un lien avec le corps sain. Aujourd’hui, le naturisme s’ouvre à d’autres valeurs qui sont le respect de l’autre et de soi. Mais le nudisme est la part fondamentale qui devrait être fédératrice pour ceux qui pratiquent le naturisme.

    Quelles sont les réactions autour de vous lorsque vous en parlez ?
    Florent : J’en parle à qui veut bien l’entendre et il y a tous types de réactions. J’ai eu droit à « C’est cool, et alors ? » D’autres sont curieux et me posent des questions pour savoir si ça peut les intéresser. Et, bien sûr, il y a le rejet de ceux qui l’associent à quelque chose de sexuel. Ça les renvoie à leur propre pudeur.

    Julie : Je pense que je ne le vis pas de la même manière parce que je suis une femme. Les gens font une association entre fille naturiste et fille facile. Un jour, j’accompagnais le président de la Fédération française de naturisme à la radio, et le vigile qui nous escortait dans l’ascenseur a insinué qu’après l’enregistrement, on pourrait faire des trucs tous les deux… Ce type de réaction est fréquent. Du coup, quand on est une femme, on ne s’amuse pas à le crier sur tous les toits.

    Florent : Je suis naturiste depuis peu de temps, environ un an et demi. Un jour, j’étais avec des amis dans un petit village près d’Orléans, et on a pris la bagnole pour se poser au bord de la Loire. Quand on est arrivés sur la plage, ils m’ont dit qu’il fallait se mettre à poil. Je n’étais pas du tout au courant, mais c’était tellement évident pour eux qu’ils n’avaient pas pensé à me prévenir. J’étais un peu sous le choc, je me suis dit : « ça va être l’orgie, ce truc ». En fait, pas du tout. Il y avait toutes sortes de gens en train de discuter et de prendre l’apéro, des adultes, des enfants… Ça s’est super bien passé. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse ça plus souvent parce que je me suis senti à l’aise et mon jugement sur les autres avait disparu pendant ce moment. Depuis, ma vie sociale, mais aussi amoureuse, familiale et professionnelle s’en portent beaucoup mieux.

     

    Julie : Je suis tombée dedans quand j’étais toute petite, mes parents sont naturistes. En revanche, j’ai épousé un textile [surnom donné à ceux qui ne sont pas naturistes, ndlr]. Pendant des années, on a passé des vacances textiles et il fallait absolument qu’on fasse des excursions tous les jours, qu’on ait un programme bien rempli. Puis, on a découvert le CHM Montalivet, en Gironde, le premier centre de naturisme fondé par les pionniers Christiane et Albert Lecocq. Mon mari a redécouvert la joie d’être nu. Il est devenu un ayatollah du naturisme et ne veut plus qu’on passe une seule semaine de vacances habillés ! Avant, je travaillais dans la communication, j’étais très speed. Ça m’a permis de me retrouver moi-même et de réaliser que je n’avais plus envie de poursuivre cette carrière.

    Patrice : Ma découverte du naturisme est liée à Microcosmos, un film sur les insectes sorti en 1996, et au documentaire Vivre nu, à la recherche du paradis perdu, de Robert Salis. A cette époque, j’étais extrêmement pudique. Encore aujourd’hui, il m’est impossible de me mettre en short à Paris. Avec mon copain, le challenge a été de partir en vacances au centre de Montalivet. J’arrive très habillé alors qu’on est en plein été. La nuit, dans notre bungalow, je me rends compte que j’ai oublié un truc dans la voiture. Je dors nu, et il faut que je sorte. Je commence à me rhabiller, mais mon ami m’arrête et me rappelle que je suis dans un camping naturiste. Les vingt premiers mètres tout seul, dans la nuit, avec la potentialité d’être vu par quelqu’un, sont extraordinaires. Je m’en souviendrai toute ma vie. Une libération. Au lieu de rester une semaine, nous sommes restés quinze jours. Et ça fait vingt-trois ans que j’y retourne.

     
     

    On peut être pudique et naturiste ?

    Patrice, 48 ans, directeur associé d’une
    agence événementielle. © NEON

    Patrice : D’une certaine façon, le milieu naturiste peut être défini comme un monde pudique. La pudeur s’exprime différemment, ne serait-ce que par la nécessité d’avoir à marquer le respect quand deux corps nus se font face. Tout de suite, une distance va s’établir naturellement et les yeux ne se posent pas de la même manière. Le regard reste haut et on apprend à ne pas détailler l’autre de la tête aux pieds. D’ailleurs, quand je me retrouve dans un centre naturiste avec des personnes qui sont habillées, ce qui me dérange, c’est qu’elles n’ont plus cette bulle de protection qu’on enfile quand on est nu.

    Comment s’affranchit-on de la peur du regard des autres ?
    Florent : Perso, mon estime de moi n’était pas loin du niveau des pâquerettes. Au début, ce n’était pas facile de me lancer et de me dénuder dans un studio parisien pour boire des coups avec des gens que je ne connaissais pas. Mais j’ai trouvé de la bienveillance chez les naturistes, et cette acceptation m’a permis de m’accepter moi-même.

     

    Patrice : Dans les centres que je fréquente, on peut voir des accidentés de la vie, des femmes avec une ablation des seins, des handicapés, des enfants trisomiques, des gens avec une jambe en moins, et puis des personnes très bien foutues. Le naturisme, c’est cette diversité qui ne nous gêne pas et qui permet justement d’accepter le fait que l’on peut être différents.

    Julie : Je trouve que l’humain est beau dans sa diversité. Ça me choque quand j’entends « j’aime pas voir tous ces corps moches ». Comment peut-on trouver un corps humain moche ? En même temps, être nue me permet de prendre davantage soin de mon corps, parce que je me rends compte qu’il est vulnérable.

    Est-ce que vous mettre nu·e vous permet d’envoyer valser les faux-semblants de nos vies citadines ?
    Patrice : Le rapport aux éléments est très différent. Le fait d’être nu permet à nos sens d’être beaucoup plus en alerte. Le vent, l’eau et la température ont un impact sur nos humeurs. Cela nous permet d’être dans un mood contemplatif est d’apprécier davantage ces petites choses.

     

    Florent : Ça facilite l’introspection.

    Vous avez tous des façons différentes de le pratiquer…
    Florent : Je fais partie d’une association qui trouve n’importe quel prétexte pour faire quelque chose entre « tout nus ». Que ce soit une exposition, un théâtre, une semaine en camping, de la danse contemporaine, du self-défense, un apéro… Je rêverais d’aller à poil au bureau !

    Patrice : Je préfère être nu dans des endroits sauvages, car pour moi, il y a toujours un rapport à la nature. Pas sûr que je puisse me retrouver nu dans un appart avec des inconnus.

    Finalement, le naturisme serait une philosophie de vie, une idéologie et même une utopie ?
    Patrice : J’aime beaucoup ce mot. On en a besoin, surtout en ce moment. Les nouvelles générations vont devoir retrouver des utopies et je pense que le naturisme peut être une utopie moderne. Le combat pour le respect de la nudité dans les centres naturistes passe pour une lutte archaïque, mais pour moi, c’est un combat d’actualité face au retour de la pudeur.

     

    Que pensez vous de cette image sexuelle que conserve le nudisme, notamment sur les plages du Cap-d’Agde ?
    Patrice : Avec la bétonisation, les grandes barres d’immeubles et la commercialisation du naturisme au Cap-d’Agde, l’utopie originelle liée à la nature s’est transformée en celle du sexe en liberté. Les gens ont le droit de s’amuser, mais ce n’est pas du naturisme. Les médias ont favorisé cette confusion. En réalité, dans les centres naturistes, quand on est nu, on se contrôle naturellement. On est dans un état d’esprit apaisé. A l’opposé de la sexualité exacerbée de nos sociétés de surconsommation, où le sexe est partout, tout le temps, et sous tension parce qu’on montre presque tout mais pas tout. Cela crée de la frustration et des fantasmes qui disparaissent dans les moments naturistes. C’est quand il fait plus froid, le soir, et que l’on s’habille pour faire la fête que l’on est un peu plus dans la séduction.

    Pour conclure, selon vous, quelles sont les valeurs du mouvement ?
    Florent : Liberté et apaisement.

     

    Patrice : L’acceptation de soi et des autres. Un refuge. Et, enfin, le répit, car c’est le moment où l’on se repose de son quotidien stressant et du monde anxiogène pour se retrouver avec la nature.

    Julie : Le bonheur d’être soi, la jouissance de l’instant et le calme intérieur.

    Source :https://www.neonmag.fr/cest-un-monde-pudique-3-naturistes-nous-expliquent-pourquoi-ils-aiment-etre-nus-et-la-philosophie-derriere-539193.html

    Casimir
    Ce post a été édité par Casimir le 20 octobre 2019 17:37:13 CEST
      20 octobre 2019 17:35:17 CEST
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